A la (re)découverte du sud de la France

Quand j’étais petite, j’allais souvent en vacances chez mon grand-père, à Marseille : cette ville nous servait alors de pied à terre afin de découvrir, chaque année et au fil des saisons, de nouveaux endroits dont j’ai gardé de très bons souvenirs. Monsieur et Célestin n’étant quant à eux jamais descendus dans ce coin de France, nous avons profité du week-end de l’Ascension pour nous concocter un petit programme…

Jour 1 – Avignon

Comme à notre habitude, nous avons roulé de nuit afin de profiter au maximum de notre petit séjour. Arrivée à l’hôtel Ibis Avignon sud : 7h ! Un peu tôt pour prendre possession de la chambre, mais pas pour commencer à nous promener dans la ville… Un petit tour de tram plus tard (avec l’arrêt à 5 minutes à pied de l’hôtel en coupant par un joli parc) et nous voilà au cœur de la cité des Papes… seuls au monde, comme à notre habitude également !

Nous commençons notre journée par une déambulation au fil des rues en direction du Palais des Papes. Si tout le monde sait plus ou moins reconnaitre ce bâtiment sur une photo, ou connait plus ou moins son histoire, je pense que personne ne s’attend à découvrir un bâtiment aussi volumineux et grandiose ! Créneaux, tourelles, arcs boutant, nous sommes transportés dans une autre époque (et on se sent aussi tout petit). Ce monument, dont la construction a débuté en 1335, est considéré comme le plus important palais gothique d’Occident : 15 000 m² de plancher, soit le volume de quatre cathédrales gothiques !

Après un petit tour de la place du Palais et un passage devant l’hôtel des monnaies de 1619, nous prenons un peu de hauteur et montons au jardin du Palais. Nous contournons ainsi la cathédrale Notre Dame des Doms du XIIe siècle (encore fermée elle aussi en cette heure matinale) et découvrons un très joli parc arboré, avec plan d’eau, exposition photo et surtout une vue magnifique à 360° sur la ville et ses environs : on se croit, curieusement, rapidement à la campagne alors que nous sommes tout de même au cœur du centre historique d’Avignon ! Et il y a intérêt à s’accrocher : Monsieur le Mistral est de sortie…

Après un petit moment contemplatif, nous descendons par un autre accès, direction : le pont d’Avignon, dit également « Saint Bénezet ». Mais pas question d’y danser : l’entrée est payante et contrôlée. Datant du XIIe siècle, cet édifice aurait été édifié par un jeune berger du Vivarais, Bénezet, sur ordre divin. En réalité, sa construction a plutôt été un chantier permanent jusqu’au XVe siècle du fait de destructions successives : lors du siège d’Avignon par Louis VIII en 1226, le pont est partiellement démoli et réparé ensuite avec une surélévation ; en 1668, de grandes crues provoquent des dégâts importants, et la restauration est abandonnée. Des 22 arches, il n’en restent aujourd’hui que 4… On a du mal à imaginer ce pont tel qu’il pouvait être : 920 mètres de longueur, une véritable prouesse technique, encore aujourd’hui !

Nous profitons de ce joli point de vue pour prendre une petite pause bucolique et passer un petit coup de téléphone afin d’organiser notre journée du lendemain… Ceci étant fait, retour en ville en passant par les murailles d’une manière assez insolite, et reprise de notre déambulation le nez levé, mais avec tout de même un nouvel objectif : il commence à se faire faim et soif !

Il faut savoir qu’Avignon regorge encore de petites boutiques indépendantes. Si la plupart proposent les produits « classiques » de Provence (qui veut sa cigale parfumée à la lavande ?), il est également possible d’acquérir de véritables produits typiques qui raviront les papilles et rappelleront les vacances une fois la routine reprise. Nous avons naturellement craqué pour de la crème de pistache à l’huile d’olive et quelques calissons (officiellement : on rapporte des cadeaux…)

Nous repassons devant quelques édifices désormais ouverts que nous avions observé lors de notre première approche : collégiale Saint Agricole du XIIe siècle, Palais du Roure du XVe siècle, place de l’horloge où se trouve l’hôtel de ville, basilique Saint Pierre de 1358… Nous passons devant de jolis murs peints, prenons une petite bière sur une jolie placette, découvrons une rue bordée de roues à aubes, une place de marché… Avignon regorge en fait de petits coins très différents les uns des autres, nous donnant l’impression de visiter plusieurs villes en une journée : et quand les pieds n’en peuvent plus, direction le tram pour rentrer à l’hôtel pour un bon repas/repos bien mérité.

Jour 2 – l’Isle-sur-la-Sorgue

Après une bonne nuit de sommeil et un bon petit déjeuner à volonté, direction l’Isle-sur-la-Sorgue, petite ville plus que connue que j’avais déjà eu l’occasion de visiter il y a une dizaine d’années et dont j’avais gardé un très bon souvenir. Sa particularité ? Les roues à aubes, que l’on retrouve un peu partout au fil des rues, plus ou moins en état de fonctionnement. Un véritable plaisir de déambuler dans une ville aussi touristique en début de matinée, quand les autres humains ne sont pas encore réveillés. La preuve en est le parking municipal, totalement désert, devant lequel nous retrouverons plus tard une file de voitures attendant désespérément qu’une place se libère pour pouvoir rentrer dans la place (nous avons fait des heureux à midi !)

Nous retrouvons donc à cette heure hautement stratégique un couple rencontré via notre association, parti loin puis revenu aux sources pour y passer sa retraite. Après un petit pastis de bienvenue, direction le restaurant Les Georgettes où nous dégustons de bons petits plats fait maison par les deux propriétaires : le gaspacho est le bienvenue par la chaleur caniculaire qui règne tout à coup… Puis nouvelle petite promenade, guidée par des locaux cette fois, au cœur du centre ville, avec un nouveau regard et de nombreuses explications complémentaires.

La journée n’étant largement pas terminée, nous décidons de pousser la promenade jusqu’à Cavaillon. Si on connait tous le fameux melon, personnellement je ne savais pas du tout à quoi ressemblait la ville ! En résulte une petite cité très jolie, très animée (et on ne dit pas ça parce qu’il y avait justement la fête foraine en même temps). On y voit notamment un vestige archéologique monumental, l’arc romain « Marius », datant du Ier siècle de notre ère, dont le nom provient certainement de Caïus Marius, général romain établi en Provence qui a combattu les barbares jusqu’à Orange au IIe siècle après J.-C. Placé à l’origine sur l’ancienne place de l’évêché, l’actuelle place Philippe de Cabassole, à l’emplacement de l’antique forum romain, seule sa moitié supérieure émergeait encore à la surface du sol quand la Commission des Monuments historiques l’a fait dégager, déposer et déplacer à la fin du XIXe siècle. Il se tient aujourd’hui sur la place principale de la ville, au pied de la colline Saint Jacques.

La fin de journée approchant, nous décidons de nous rendre encore rapidement au Thor, juste à côté d’Isle-sur-la-Sorgue. Les sites sont cependant tous déjà fermés, les boutiques ont les rideaux baissés… nous poussons jusqu’à l’église Notre-Dame-du-Lac mais, vraiment fatigués, nous ne nous aventurons plus au centre-ville qui regorge pourtant de petites pépites : il s’agit de profiter des moments, et pas seulement de cocher des cases dans le guide vert !

Et pour nous remettre avant le retour à l’hôtel : re-direction Isle-sur-la-Sorgue afin de manger un petit quelque chose. Une planchette en bord de l’eau fera parfaitement l’affaire…

Jour 3 – Saint Rémy de Provence, les Baux de Provence et Glanum

La journée qui s’annonce est un véritable pèlerinage pour moi, avec l’objectif de réussir à transmettre à monsieur un maximum de mes souvenirs et ressentis des lieux ! Première étape : Saint Rémy de Provence, petite ville toute de blanc vêtue, dont le centre-ville entièrement piétonnisé est totalement dédié au touriste qui se balade le nez en l’air. On admire les façades, les fontaines, les statues, on regarde les plantes, on devine des vestiges médiévaux, on se perd avant de retrouver la grande rue urbanisée pleine de voitures, on fait illico demi-tour afin d’y échapper le plus possible…

Deuxième étape de la journée, et pas des moindres : direction les Baux-de-Provence ! Côté touriste, nous sommes servis : il n’est même pas 11h et il est déjà impossible de se garer à moins de 500 mètres de l’entrée du village. Nous stationnons donc sur le bas-côté de la route sinueuse, à l’instar de centaines d’autres voitures, et rabattons bien les rétroviseurs. A ce sujet, nulle inquiétude à avoir : tout est prévu pour votre confort, un parcmètre est placé tous les 50 mètres, vous évitant de devoir trop marcher pour régler votre redevance !

Cette formalité réalisée, direction le village, particulièrement maltraité par le mistral ce jour-ci. Pour la petite histoire : le site des Baux, de par sa position stratégique en hauteur, est occupé depuis le Néolithique. La ville fortifiée apparait au Xe siècle, le château fortifié au XIIIe siècle : ce dernier est agrandi à la Renaissance sous l’impulsion d’Anne de Montmorency, et de nombreux hôtels particuliers voient alors le jour au village. Louis XIII met toutefois un terme à cette période faste : la ville est assiégée et tombe en 1632, et le déclin se poursuit au fil des siècles.

Les Baux ont toutefois repris une certaine importance au XXe siècle, avec l’arrivée de nombreux artistes intellectuels (on peut nommer Picasso entre autres), mais également par l’action de Prosper Mérimée (qui n’a pas lu « la Venus d’Ile » au collège ?) qui ordonne la restauration du village, puis celle d’André Malraux qui inscrit par décret l’ensemble de la commune sous la protection du Ministère de la Culture et de l’Environnement. Cette action collective fait qu’aujourd’hui, les Baux sont classés parmi « Les Plus Beaux Villages de France » en 1998, et labellisés « sites patrimoniaux remarquables » en 2019.

Nous débutons donc l’exploration de la petite ville en étant sages et en suivant le parcours recommandé (même si cela n’empêche pas quelques digressions au gré de nos découvertes). Nous découvrons ainsi la Maison du Roy du XIXe siècle (actuel Office du tourisme), l’hôtel de Porcelet du XVIe siècle, la chapelle des pénitents blancs (XVIIe), l’église Saint-Vincent (XIIe) à moitié troglodyte… En bref, une diversité d’époques et de styles architecturaux en un seul site.

Malgré le vent de plus en plus fort, nous décidons de tout de même visiter le site du château : ce serait tellement dommage de renoncer à une exploration pareille ! Car la visite du site, même si un circuit est conseillé afin de ne rien rater, est totalement libre… il n’en fallait pas plus pour nous contenter ! Le parcours nous transporte dans la vraie vie des habitants du château : on passe par la citerne, le four à pain, le pigeonnier, on découvre des chapelles quasiment démolies dont le plafond tient encore parfaitement, on peut monter dans le donjon, entrer dans les maison troglodytes, tester les machines de siège lors d’ateliers d’animation pédagogique… un moment hors du temps, où tout fan d’histoire (ou du moins : de lieux culturels où l’on peut se promener partout et toucher à tout) trouvera son compte.

Petit bonus culturel : le site accueille une exposition en plein air dédiée à l’artiste Klein, nommée « Bleu bleu bleu, l’aventure Klein ». Après une plongée dans le médiéval, il est assez insolite de parler d’art moderne ! Mais là encore, la muséographie est amusante : les panneaux pivotent sur eux-mêmes, il y a des photos tendues sur toile… Une découverte complémentaire, pourrions-nous dire.

Et dernière étape de cette journée (très) bien occupée : un autre souvenir d’enfance que j’avais tellement envie de revoir, j’ai nommé le site archéologique de Glanum !

Oppidum gaulois organisé autour d’une source sacrée, le site a connu son apogée sous l’empereur Auguste, au Ier siècle de notre ère. Certains monuments, nommés « les Antiques » ont toujours été visibles, mais le site n’est redécouvert qu’au XXe siècle, faisant alors apparaitre la partie de ville pré-romaine et romaine… pour le plus grand bonheur des amateurs de sites archéologiques que nous sommes ! Car le lieu est tout simplement un terrain de jeu pour qui apprécie cette période historique.

Premier point absolument fascinant du site : les bâtiments sont encore en élévation. C’est à dire que l’on peut parfaitement se rendre compte de la taille des bâtiments, de leur aspect, de leur richesse… d’autant plus que les panneaux d’interprétation du paysage superposent les différentes couches archéologiques afin de nous donner un aperçu de l’allure du site au fil des ans. En effet, certains vestiges gaulois sont encore visibles par endroit, mais ont été recouverts pour des villas romaines, elles-mêmes transformées sous l’époque hellénistique… On peut choisir de rester sur le chemin principal, mais également de prendre de la hauteur sur la butte afin d’admirer le site vu d’en haut, et surtout de prendre conscience de toute la partie qui n’a pas encore été dégagée et regorge évidemment de nombreux vestiges.

La visite se termine pour nous par la dégustation d’un soda artisanal depuis une petite table de jardin avec une très jolie vue sur le début du site archéologique. La boutique du musée propose également un hypocras réalisé suivant une recette romaine : nous ne résistons pas à la tentation de rapporter une bouteille à la maison (pour la science).

Dernière étape de la journée : rejoindre Aix-en-Provence pour notre dernier jour du séjour, nous installer à l’hôtel et manger quelque chose !

Pour l’hôtel : on pose les valises au Novotel Beaumanoir, on saute dans la voiture, on gare cette dernière dans un parking souterrain boulevard Carnot et on découvre le Cours Mirabeau, tombant d’instinct (ben voyons) dans LA rue des bars et des restaurants. Nous ne mettons pas longtemps à dénicher notre repas du soir au Cambarou, et n’avons pas du tout été déçus : cocktails et plats très bons (un plaisir de retrouver du poulpe, je n’en avais pas mangé sous cette forme là depuis le voyage à la Réunion !), et décoration vraiment sympa. On recommande !

Faut aimer… mais quand on aime, qu’est ce que c’est bon !

Après le repas, petite promenade digestive durant laquelle nous descendons le Cour afin d’aller admirer, de nuit, la fontaine de la Rotonde, puis remontée par les petites rues adjacentes… et retour à l’hôtel car il s’agit de profiter correctement de la dernière journée !

Jour 4 – Aix-en-Provence

Après un bon petit déjeuner (les jours se suivent…), direction le même parking que la veille, bien pratique, pour déambuler dans Aix. On descend le Cour Mirabeau de nouveau, admirons les Atlantes soutenant le porche du Greffe du Tribunal de Commerce, rejoignons la Fontaine de la Rotonde, puis décidons de longer les murailles de la ville, très rapidement atteignables. On rejoint ainsi les boulevards extérieurs sur lesquels on peut notamment encore admirer les tours de guet de la ville, toujours en élévation. De là, nous rejoignons la cathédrale Saint-Sauveur, érigée sur ce qu’on pense être le forum romain d’Aix, dont le baptistère daterait du VIe siècle et la partie romane du XIe siècle. Nous la visitons avec plaisir… avant d’être gentiment congédiés (ça faisait longtemps !), le lieu fermant ses portes entre midi et quatorze heures… On reviendra après !

En marchant dans une rue, nous regardons machinalement une vitrine de librairie et sommes abordés par le propriétaire, qui propose un concept assez particulier auquel nous ne pouvions pas résister… La librairie Mon Chat Pitre, nommée « Première ronron librairie de France », accueille en effet des chats abandonnés et leur offre une très jolie vie, entre paniers sous les étagères, ponts suspendus et… caisse enregistreuse. Le concept n’est pas de les caresser, mais de profiter de leur présence apaisante (ou dynamique) pour se plonger dans les rayonnages. Des livres mettant en scène des chats sont naturellement proposés, mais pas seulement : nous adoptons un petit roman fantastique pour le trajet du retour.

Nous continuons à arpenter la ville vers l’église de la Madeleine du XVIIe siècle, passons devant la fontaine des prêcheurs, retombons sur le Cour Mirabeau, admirons la chapelle des pénitents blancs… et puisque visiblement, ici, les librairies ne proposent pas que des livres, nous décidons de prendre un petit cocktail à la Librairie de l’hôtel Boyer d’Eguilles. En bref : vraiment une librairie en sous-sol, mais également un bar branché avec terrasse, des boutiques… Et en photo, l’amuse-bouche offert !

Notre promenade le nez en l’air se poursuit malgré la chaleur de plus en plus torride (on sent qu’on est dans un centre-ville au sud de la France) : on admire de l’extérieur l’église du Saint Esprit, on retourne à la cathédrale où un concert est visiblement en préparation (mais se tiendra trop tard en fin d’après-midi pour que l’on puisse encore rester), on emprunte des ruelles étroites qui débouchent sur des galeries commerçantes couvertes qui elles-mêmes débouchent sur de grandes places ensoleillées, on se pose au soleil (si déjà), ça sent les vacances !

La fin de l’après-midi approchant petit à petit, nous faisons une nouvelle petite pause, cette fois sur la place de l’hôtel de ville surmontée de sa tour de l’horloge de 1510 (le patrimoine est partout). Un petit gin tonic plus tard et nous voilà prêts psychologiquement à clore ce week-end en retournant, tout doucement, vers le parking… après un petit passage à la boutique du Roy René du centre-ville ! Comment résister aux calissons, mais également aux sirops artisanaux, aux tisanes, aux biscuits… Nous repartons chargés, mais au moins nourris pour quelques semaines de friandises !

En bref : quatre journées bien chargées qui laissent augurer d’autres petites escapades du même genre dans la région… Vivement le prochain week-end !


Laisser un commentaire