Noces de cuir au Bodensee

Le 04 septembre, c’est notre anniversaire de mariage, et il est hors de question que nous ne saisissions pas de ce prétexte pour réaliser un mini-voyage à côté de chez nous ! Il fait encore beau et chaud (voir très chaud), nous n’avons pas beaucoup de temps : direction le lac de Constance, ou Bodensee, situé à moins de 3 heures de route depuis chez nous.

Jour 1 – Insel Meinau et Constance

S’il y a bien une chose que nous aimons tous les deux : ce sont les parcs botaniques. Monsieur était allé à l’Île Meinau quand il est était petit, et n’y était jamais retourné ; pour ma part, je n’avais même jamais entendu parler de l’endroit. Départ, donc, pour cette jolie destination : nous arrivons à 10h, à l’ouverture du parc.

A préciser que nous sommes épargnés d’un premier stress : le site dispose d’un parking avec placier, dont le stationnement peut être payé lors de l’achat en ligne du billet d’entrée au parc. Rien à faire, juste à se garer devant la porte et à profiter de l’endroit !

L’arrivée sur l’île est déjà très émouvante pour moi : après 1 mois et demi de « sevrage » sans avoir vu la mer, on entend tout à coup le clapotis des vagues et le chant mélodieux (ou pas) des mouettes qui survolent les touristes… On accède au parc à pied, depuis une passerelle reliant l’île à la terre ferme. Ensuite, il n’y a plus qu’à se promener librement.

On commence notre journée avec la visite de la serre aux papillons, qui est absolument magnifique. Les animaux volent librement et se posent volontiers sur le visiteur ! Des grappes de fruits régulièrement suspendues nous permettent d’observer les ailes dépliées et repliées des gourmands, les plantes équatoriales servent de piste d’atterrissage, une cascade intérieure crée une ambiance dépaysante… Nous sommes restés plus d’une heure en ce lieu ! Et nous avons d’ailleurs bien fait de débuter notre journée par là, au regard de la file d’attente pour rentrer dans la serre qui s’est progressivement constituée. Un plaisir pour les yeux, et un moment hors du temps qui rappelle nos vacances dans les îles…

La suite de la journée se déroule au fil des espaces proposés dans le parc : cactus et plantes grasses (mes préférées), animaux en fleurs (on a repris la même photo que monsieur avait déjà faite il y a bientôt 30 ans devant le canard !), lac avec nénuphars et bébés cygnes, jardin des dahlias, escalier de fleurs en cascades… Les paysages sont variés, colorés, le temps est magnifique, que demander de plus ?

Un petit arrêt au snack-bar du parc histoire de se sustenter avec un Rhabarberschorle (comme un Apfelschorle, mais à la rhubarbe, les Alsaciens savent !) accompagné d’une saucisse paysanne, et nous repartons à l’aventure.

Nous gravissons à présent la colline en passant par un jardin qui s’avère être la terrasse végétalisée d’un restaurant : des panneaux nous expliquent les intérêts écologiques de ce type de structure, qui se couplent à la qualité visuelle incomparable (entre un toit de restauration avec des bases d’aération ou un jardin japonais, le choix est vite fait !). On arrive par là au château de l’île, construit au XVIIIe siècle. Et c’est visiblement la saison des mariages ici aussi, puisque nous évitons successivement deux séances photos pour deux mariages différents, qui se sont succédés dans l’église du lieu (et nous arrivons à visiter la dite église avant qu’elle ferme, rompant ainsi avec notre malédiction des églises fermées sous notre nez, non mais).

Le château ne se visite pas, mais sa serre aux palmiers, si ! Le circuit est toutefois très rapidement fait, puisqu’une des réceptions du mariage va visiblement se tenir dans cet espace : des tables de banquet ont été dressées au sein même de la serre. Un cadre totalement atypique, mais qui a dû être magnifique une fois la nuit tombée.

Après un petit temps de repos dans un canapé-panier digne de la mer du nord, nous descendons progressivement dans les différents jardins du château : roseraie, panorama sur le lac (avec cocktail de mariage en préparation, décidément !), fontaines…

Nous terminons notre journée en allant voir nos amis les ânes aux grandes oreilles trop mignonnes, puis en observant le mini-train électrique dans son circuit en plein air, avant de nous en retourner vers la sortie du parc… Nous croisons d’ailleurs à cette occasion nombre de familles avec enfants chargées de piques-niques : le parc, à partir d’une certaine heure, devient gratuit tel un parc public, et beaucoup de locaux viennent profiter du cadre en fin de journée. Une bonne idée !

Direction à présent notre hôtel situé côté Suisse, juste sur la frontière, à Tägerwilen : le Trompeterschlössle Hotel & Residence. Nous y sommes très bien accueillis par le patron qui nous accompagne à notre chambre, ce qui nous permet de déjà pouvoir observer la décoration générale sur le thème du… whisky ! Publicités anciennes, prospectus ciblés, nom de marques de bouteilles sur les portes de chambre, tableaux représentants un paysage d’Écosse et abats-jours en tissus écossais, tout y est ! Il y a même un bar à cigares dans une roulotte sur le parking, afin d’accompagner en fumée un petit verre d’une des nombreuses sortes de boissons disponibles au bar…

Après une courte installation, nous partons pour la ville de Konstanz, côté Allemagne cette fois. Et là, nous déambulons tout simplement le nez en l’air, alliant découverte du centre-ville à la recherche d’un lieu de restauration pour le soir (car la faim se fait un peu sentir). Nous arrivons au niveau du port, allons voir le phare, marchons sur le quai… Jusqu’à trouver un bistrot atypique qui se tient sur un bateau de croisière sur le lac, le MS Schwaben, et qui propose une jolie carte de petite restauration. Seul souci auquel nous n’avions toutefois pas pensé : à 20h30, le service est déjà terminé ! Nous nous contentons donc d’une bière de 40 cl comme repas du soir, avec vue sur le coucher de soleil sur le lac (il y a pire comme soirée).

Jour 2 : Saint-Gall

Un des critères de sélection de nos hôtels porte toujours sur la qualité du petit-déjeuner. Mais alors là, nous n’avons pas du tout été déçus ! En guise de salé : des charcuteries, des toasts au saumon, du pâté végétal, des terrines ; en sucré : viennoiseries en tout genre et pâtisseries typiquement british que nous goûtons avec curiosité.

C’est donc le ventre bien rempli que nous nous dirigeons vers Saint-Gall afin d’y visiter sa ville, son abbaye, mais surtout sa célèbre bibliothèque…

Trouver une place de parking n’est pas aisé, et le site religieux n’est absolument pas indiqué sur les panneaux directionnels ! Nous nous dirigeons donc à vue, bifurquant lorsqu’un bout de clocher apparait entre des immeubles, jusqu’à nous garer dans une rue résidentielle en contre-haut du site. Après même pas 10 minutes de marche, nous arrivons à destination très facilement, et découvrons la gigantesque église.

En attendant l’ouverture du site muséal, nous nous promenons tranquillement dans le complexe. D’immense projecteurs sont tournés vers un bâtiment, et des personnes en costume d’époque passent régulièrement à côté de nous avant de s’y engouffrer à pas pressés : nous comprenons qu’un tournage est en cours. Pour quel film ou série, nous l’ignorons, et n’avons pas eu l’occasion de connaitre la réponse durant cette journée, les rares acteurs que nous avons croisés par la suite étant endormis sur des bancs publics dans le jardin !

10 heures sonnent, et la bibliothèque ouvre. Nous devons laisser nos affaires dans des casiers et mettre des… pantoufles ! Gigantesques chaussons d’ailleurs, puisque destinés à être portés par dessus ses propres chaussures. Le motif est tout simplement la préservation du parquet de la salle…

Pour faire simple : nous sommes restés quasiment 1h30 dans cette pièce. Nous avons été subjugués par le lieu ! Immense, avec des livres jusqu’au plafond peint, mais également une très belle exposition sur le thème de l’astronomie et de l’astrologie, registres anciens à l’appui. Une belle muséographie présentant les documents dans des lutrins vitrés, des objets dignes d’un cabinet de curiosité (il y a tout de même une momie égyptienne qui observe la salle depuis son sarcophage ouvert), le tout dans une ambiance feutrée… Les photos sont interdites théoriquement dans la pièce, mais sont en réalité tolérées tant que le flash n’est pas activé (ce qui est logique au regard de l’âge des ouvrages présentés). Un élément nous a particulièrement plu : un globe terrestre et céleste datant de 1571, littéralement hypnotisant. On a passé un temps fou devant à reconnaitre les lieux !

Nous visitons ensuite l’église abbatiale en elle-même, dont le plafond du chœur est assez particulier : on a l’impression d’être « aspirés » vers un gouffre, l’effet est presque malaisant, la scène est très sombre, presque orageuse…

Nous allons ensuite visiter la salle d’exposition des Archives de l’Abbaye (incontournable pour une archiviste !), qui présente archives anciennes et manuscrits avec une muséographie absolument passionnante. L’exposition temporaire de cette année est dédiée au Victus et Vestibus, un acte dans lequel un laïc donnait ses biens à l’Abbaye afin de pouvoir, proportionnellement à leur valeur, y être pris en charge durant sa vieillesse. La muséographie offre un bel aperçu des techniques de conservation et de restauration des documents. On est accueilli dans un sas d’entrée sombre présentant au mur, sous forme de frise chronologique, toutes les catastrophes locales et mondiales qui ont pu impacter la préservation du patrimoine ; un film projeté en face de nous présente les risques auxquels les archives sont confrontées : inondations, incendies, effondrement des bâtiments (on voit les images des Archives de Munich, effondrées sur elles-mêmes il y a quelques années, notamment). Puis on peut observer les plus vieilles archives de l’abbaye sous vitres qui s’illuminent par pression lors de notre passage, les protégeant ainsi de la lumière tout en les faisant se dévoiler progressivement au visiteur.

Le clou du spectacle ? Dans une petite pièce avec gradins et maquette sur un présentoir central nous est présenté un film sur les phases d’occupation de l’Abbaye et la vie d’un de ses membres, de son arrivée en tant qu’enfant jusqu’à la proclamation de ses vœux. Un plan de l’abbaye datant de l’an 825, retrouvé par hasard à l’arrière d’un autre document, est progressivement illuminé au fil des explications. Sauf qu’à la fin du film, la maquette se soulève, et ce plan nous est présenté durant 25 secondes ! Un joli moment auquel on ne s’attend pas. Et on a beau être archiviste de métier et avoir un peu perdu de sa sensibilité à « l’ancien », certains documents restent émouvants.

Après cette étape culturelle indispensable dans le secteur, direction l’île de Reichenau, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. On est cette fois-ci dans du patrimoine naturel, mais également cultuel, l’île étant connue pour son abbaye dont les origines remontent à 724.

Nous tentons de visiter l’église Saints Pierre et Paul de Niederzell… mais c’était sans compter notre fameux dicton « chiesa chiusa » qui nous suit de séjours en séjours. Nous arrivons tout de même à nous faufiler dans une chapelle latérale en même temps que d’autres touristes, mais ne pouvons y rester longtemps, cette ouverture fortuite étant la conséquence d’un ménage en cours, et non d’un accès privilégié au public ! Juste à temps…

Nous nous garons ensuite à proximité de l’église Sainte-Marie et Marcus, et cette dernière est ouverte ! On y admire des peintures murales médiévales impressionnantes… et évitons de justesse un groupe d’une quarantaine de touristes descendus d’un bus pour venir visiter le lieu.

Et nous terminons notre petit circuit avec l’église Saint Georges, dont l’origine remonte à l’an 900. Elle dispose également de peintures murales remontant à cette période… et est, également, totalement fermée lors de notre venue ! Décidément…

Nous consolons finalement notre frustration culturelle en rejoignant un petit restaurant au bord du lac, le Reichenauer Fischhandlung. Forts de notre malheureuse expérience d’estomac vide de la veille au soir, nous estimons que 18 heures est peut-être la bonne heure pour commander un repas, d’autant plus que le restaurant est déjà complet et que certaines tablées ont déjà l’air de terminer leur repas ! Le concept est très intéressant : le poisson est pêché du jour et vendu dans la poissonnerie mitoyenne. Quand il n’y en a plus… et bien on ferme !

Nous commandons donc deux « Inselbier » étiquetées du restaurant, et dégustons deux filets d’omble chevalier façon meunière, avec vue sur le lac. Un plaisir ! On fait même l’acquisition d’un petit pack de quatre bières locales pour rapporter à la maison.

Et pour terminer ce beau week-end, quoi de mieux que de déguster, sur le toit de l’hôtel, un verre de whisky conseillé par le patron, et d’y admirer le coucher de soleil rougeoyant ? Un dernier bon moment avant de reprendre la route le lendemain matin, après un nouveau bon petit déjeuner en terrasse, sous un ciel bleu…


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