Trois jours à Pavie

Fidèles à notre habitude, nous avons décidé de profiter du week-end prolongé du 11 novembre pour nous rendre en Italie et découvrir une nouvelle destination. La ville de Pavie nous avait déjà intriguée à plusieurs reprises : en effet, elle est systématiquement indiquée sur tous les panneaux directionnels, mais nous n’y sommes jamais passés ! Qu’à cela ne tienne, nous allons conjurer le sort.

Réaliser le programme de ce petit voyage n’a pas été chose aisée : la proximité de Pavie avec Milan parasite littéralement tous les sites internet de voyages. En bref, Pavie, c’est moins cher que Milan, vous avez le train pour y aller, et en point d’attractivité, n’oubliez surtout pas d’aller visiter le Duomo… Un peu frustrant pour cette jolie ville qui, franchement, regorge d’endroits magnifiques. Avantage : peu de touristes, du coup !

Jour 1 – découverte du centre-ville

La première étape a naturellement consisté en notre installation à l’hôtel, ou plus exactement au motel Visconteo de Bisnasco, à quelques kilomètres de Pavie. La parfaite localisation de ce site, ajoutée à la curiosité de découvrir le concept d’hébergement, nous a incité à le sélectionner, et nous n’avons pas été déçus ! Il s’agit en réalité d’un vrai hôtel, le côté « Motel » venant du fait que la chambre est accessible directement depuis le parking par une deuxième porte, et que la voiture peut être garée juste devant sa fenêtre selon les chambres que l’on occupe. Plus que pratique pour décharger les bagages !

La ville de Pavie est facilement praticable à pied : nous avons donc décidé de nous garer en périphérie, et de marcher pour découvrir au mieux son centre-ville. Le parking situé à côté du château Visconti, un des points d’intérêts principaux de la ville, nous a finalement convaincu pour l’intégralité du week-end.

Notre promenade a donc débuté par les abords du château, dans une ambiance de matinée brumeuse. Du côté historique : le « château de Pavie » est l’ancienne résidence principale de la famille Visconti. Érigé en 1360, il a survécu à la grande bataille de Pavie (que l’on étudie dans les livres d’histoire), mais y a perdu ses deux tours… A préciser que les Visconti y ont également également érigé un parc de chasse de plusieurs kilomètres, reliant donc le château à la Chartreuse (que nous avons bien évidemment inscrite au programme de ce séjour). Nous ne visiterons finalement pas le château, qui s’avère être en réalité un musée municipal, privilégiant, comme à l’accoutumée, les déambulations en extérieur, plus propices à la découverte d’une ville à notre sens !

La matinée se poursuit avec la visite de plusieurs églises de quartier, et surtout avec celle du Duomo de Pavie, la cathédrale. Si elle est encore spectaculaire aujourd’hui, elle devait l’être encore plus avant le 17 mars 1989, date funeste à laquelle son beffroi de 78 mètres (la Torre Civica) s’est effondré, ensevelissant quatre personnes… Ses vestiges sont toujours visibles à gauche du bâtiment, de même que les fondations des deux cathédrales romanes pré-existantes sur lesquelles l’actuelle a été érigée en 1488.

Fidèles à notre habitude et à l’expression « Chiesa chiusa », la cathédrale était… fermée lors de notre passage. Mais nous repasserons !

La cathédrale se tient sur une des places centrales de Pavie, la piazza del Duomo (on s’en serait douté). Mais cette place a une particularité que nous avons découverte absolument par hasard : elle a en réalité été entièrement reconstruite dans les années 60, pour cause de création de galerie marchande souterraine ! Un immense centre commercial est donc enterré sous la place, avec supermarché, coiffeur, fleuriste, bref tous les commerces que l’on s’attend à rencontrer en centre-ville ! Une petite exposition de photos témoigne de ce grand chantier, peu rassurant à mon avis pour les habitants des immeubles entourant la place…

Nous découvrons à quelques pas de là la galerie Arnaboldi, dont la coupole orne les réseaux sociaux… Elle est malheureusement totalement désaffectée, et n’est plus qu’une simple rue couverte pour rejoindre deux points distants…

La déambulation se poursuit le nez en l’air et au gré des panneaux d’interprétation touristiques qui jalonnent le paysage et nous permettent de comprendre notre environnement. Nous découvrons ainsi, par hasard, les vestiges de l’église Sant’ Adrea dei reali dans la cour intérieure d’un immeuble sur pilotis ! Mise en valeur du patrimoine particulièrement originale et en même temps très intelligente, puisque les vestiges sont valorisés tout en étant protégés des intempéries et des malveillances humaines.

Et nous avons maintenant un objectif : Pavie est réputée pour être la ville d’Italie possédant le plus de tours, mais jusqu’à présent, nous n’en avons pas vu une seule ! Il faut croire que nous n’étions pas dans le bon quartier puisqu’elles apparaissent tout d’un coup… Et effectivement, il y en a partout ! Pour la plupart construites entre les XIe et XIIIe siècles lorsque la cité était à son apogée, elles mesurent entre 40 et 60 mètres de hauteur !

Nous poursuivons notre route après quelques photos nuque renversée, et voyons tout à coup apparaitre le fleuve du Tessin, et surtout le célèbre Pont couvert, franchement impressionnant, même dans la brume qui refuse de nous quitter ! Le pont d’origine a malheureusement été détruit en 1949 suite aux bombardements, mais l’actuel a été reconstruit quasiment à l’identique. Point émouvant : il a été légèrement décalé, et les anciens piliers sont visibles dans l’eau… Nous décidons de le traverser à un autre moment, car arrive une préoccupation très importante à présent : la faim se fait sentir !

Pour satisfaire cela, retour au centre : nous découvrons alors le petite cloître présent à l’arrière de la cathédrale, rejoignons par là la place du Duomo, et jetons notre dévolu sur un petit bistrot type « brocante années 70 », « Il Portichetto« , sous les arcades de la place. Après une petite bière artisanale et une bonne planchette d’apéritifs offerte par la maison, nous sommes de nouveau en forme pour poursuivre notre visite ! Et ça tombe bien, puisque la cathédrale est de nouveau ouverte !

Après avoir enfin vu ce monument, nous retournons vers le pont couvert et le traversons cette fois pour rejoindre Borgo Ticino », village aggloméré à Pavie au fil des ans. Une promenade le long des quais, puis dans le prolongement du pont afin d’y visiter l’église de Sainte Marie de Bethléem, et nous faisons demi-tour, car la nuit tombe déjà…

Retournés du bon côté du pont, nous souhaitons poursuivre par la visite de Saint Michel Majeur, réputée particulièrement belle. Et pour une fois, l’église n’est pas fermée à notre arrivée… mais en revanche, c’est l’heure de la messe. On reviendra ! Idem pour celle de Saint François d’Assise. Mais quelle idée aussi de rejoindre le centre à 17h30…

Du coup, nous rejoignons le seul endroit potentiellement encore ouvert à cette heure-là : l’Université ! Composée de multiples cours intérieures et cloîtres se succédant au gré de galeries, il y a de quoi se perdre, mais également d’avoir envie de reprendre ses études pour pouvoir travailler dans un tel lieu ! Et nous découvrons par hasard, en sortant d’un bâtiment, les trois tours les plus célèbres de la ville, juste là, sur le parvis.

Le soir est vraiment là, et la fatigue se fait à nouveau sentir. Quoi de mieux que de se détendre autour d’une bonne assiette ? Surtout quand la boisson de prédilection du bar est le gin ? L’occasion de découvrir deux saveurs différentes au bistrot le Cumino, proche des facs, bien évidemment.

Jour 2 – à la recherche des églises ouvertes, et admiration devant la Chartreuse

La première journée a mis nos pieds à rude épreuve, mais n’était qu’un prélude au deuxième jour à venir ! Après un bon petit déjeuner à l’hôtel, type buffet salé/sucré (parfait pour nous), direction le parking de l’institut Cossa, proche du château, et retour au centre-ville à pied. Et sans la brume, cette fois, ce qui nous permet enfin de discerner le haut des tours de la ville (et il y en a curieusement bien plus que la veille, comme quoi, tout est une question de perception…)

Nous retournons donc à l’Université pour enfin observer les trois fameuses tours, et découvrons juste à côté un petit préau semblant abriter quelque chose… et ce quelque chose est tout simplement la crypte de l’église Saint Eusèbe, détruite. Cette dernière n’était pas visitable à notre passage, mais peut visiblement accueillir des visiteurs. Dommage, car l’ambiance avait l’air hors du temps, juste à côté d’un des lieux probablement les plus peuplés de la ville.

Direction ensuite une des plus belles église de Pavie : la Basilique de San Pietro in Ciel d’Oro, considérée comme LE monument religieux médiéval le plus important de la ville, et un exemple particulièrement bien conservé d’architecture romane lombarde. Elle abrite de plus les reliques de Saint-Augustin dans un sarcophage en marbre sculpté. Enfin ça, c’est ce qu’on peut voir quand l’église est ouverte, car l’expression « Chiesa Chiusa » a de nouveau pu être utilisée ! Pas grave, on reviendra…

Las de sans cesse nous confronter à des portes closes, nous reprenons la voiture pour rejoindre le site de la Certosa, plus proche de notre hôtel. Et là, nous sommes subjugués par le bâtiment qui apparait sous nos yeux, et qui ne ressemble en rien à un monastère classique. ici, nous sommes sur le mausolée de la dynastie des Visconti, et donc sur une église avec une façade de type Renaissance entièrement en marbre sculpté, sur plusieurs niveaux ! A l’intérieur, c’est la même opulence : plafonds en lapis-lazuli, grilles ouvragées, plafonds entièrement ornés de fresques…

Nous avons de plus eu la chance de pouvoir participer à une visite guidée gratuite de la partie du site inaccessible au public sans accompagnement. Et là, on arrive dans un tout autre monde, fait d’austérité, de petites maisons servant de cellules de moines donnant sur des petits jardins individuels… La visite se clôt par l’arrivée à la boutique du site où, forcément, il convient d’acheter quelque chose en échange de la gratuité totale du lieu. Et on ne se fait pas prier pour acquérir un bon miel, une tisane aux plantes locales et un élixir de plantes que nous dédions déjà aux grogs de l’hiver à venir.

Ah, oui, au fait : c’était le paradis des chats, visiblement très bien nourris et attentifs à l’heure du repas…

Après cette escapade riche en émotions, retour à Pavie pour y passer la soirée. Et vu que nous sommes des personnes acharnées, nous retournons à l’église Saint Pierre de Ciel d’Or : porte ouverte, pas de messe… c’est parti ! Et nous avons bien fait de revenir, car voir le tombeau de Saint-Augustin en vrai, ça fait quand même quelque chose.

On tentera aussi de visiter Saint Michel, l’autre grande église de Pavie, mais on n’échappe pas deux fois de suite aux vêpres ! Nous avons donc plutôt été au restaurant, en disant « à demain » à l’édifice. Restaurant d’ailleurs sympathique, sous les arcades de la place du Duomo : une pizza toute simple, quand on est fatigué, ça fait parfois bien l’affaire !

Jour 3 – Les jardins de Pavie

Jour 3 = jour ensoleillé, nous voyons littéralement le ciel pour la première fois depuis notre arrivée !

On peut en quelque sorte affirmer que ce dernier jour a suivi une thématique particulièrement botanique. Nous avons d’abord tenté, dès le matin, de visiter le jardin botanique de Pavie, lié à l’Université. Nous faisons toutefois face à une grille fermée malgré les horaires d’ouvertures annoncées… En faisant le tour du site, nous découvrons le bâtiment administratif, et son aspect général nous confirme que le jardin ne risque pas d’être accessible dans les prochains mois : les parterres sont envahis de mauvaises herbes, les bassins sont fendus, les statues plus vraiment de la couleur d’origine… Dommage, car nous aimons beaucoup les jardins (on l’aura compris).

On retente au passage de visiter l’église Saint Michel qui est OUVERTE. La façade de 1120 est en travaux, mais on arrive à se représenter la majesté du lieu : c’est d’ailleurs ici que Henri II et Frédéric Barberousse furent couronnés rois des Lombards… Les fresques d’époque sont impressionnantes, mais le Crucifix nous a beaucoup plus marqué : on aurait pu penser que c’était de l’art moderne, et il s’est avéré qu’il datait du Xe siècle ! N’est pas conservateur d’art qui veut…

En ce dernier jour, nous avons également décidé de nous détendre : direction l’Imbarcadero sur le fleuve, face au pont couvert, une péniche à quai servant de bar/restaurant. Un petit negroni au soleil avec une telle vue n’a jamais fait de mal à personne, même aux ânes en peluche…

De là, nous décidons de suivre la route longeant le fleuve, et découvrons un édifice désaffecté, sur pilotis, qui nous intrigue et dont nous n’avions pas encore vu la moindre représentation. Après quelques recherches, tout simplement sur Google Maps, il s’est avéré que ce bâtiment était « l’idroscalo » de Pavie, en activité de 1926 à 1942, sorte d’aéroport pour hydravions destinés au transport de passagers civils et du courrier. A mon avis, certains ont dû tester l’urbex à l’intérieur !

Et pour rester dans le thème « jardin », nous découvrons également par hasard, quasiment en face le jardin « Horti » du Collegio Boromeo. Espace libre d’accès, similaire à un jardin public, il permet également à des artistes d’exposer leurs œuvres. Havre de paix caché et pourtant situé au bord d’une grande route, il permet également de retourner au centre historique par des ruelles encore méconnues. Le plus ? L’hôpital pour plantes blessées ou abandonnées à leur triste sort par des propriétaires peu soucieux de leur bonheur… Elles pourront ainsi être soignées, puis récupérées par de meilleurs propriétaires.

En sortant de ce jardin, on tombe directement sur une nouvelle tour, plus basse mais entièrement intégrée au paysage urbain : celle de la maison Lacchini. Enfin, plus basse : elle mesure tout de même 45 mètres de haut, mais on s’en rend moins compte vu qu’elle est enchâssée dans la maison du XVe siècle.

Et pour clôturer ce superbe week-end : on admire l’église San Teodoro du XIIe siècle, qui dispose d’une particularité : une fresque du XIVe siècle montre Pavie en 1300. Et les détails sont incroyables ! On pourrait rester des heures à scruter les détails… la minuterie illuminant ponctuellement la fresque nous force finalement à retourner à l’extérieur dans la vraie vie. Mais avant cela, il s’agit d’observer attentivement tous les recoins de l’église, car on peut également y apercevoir des mosaïques de l’église primitive.

En conclusion : n’ayant trouvé nulle part d’articles en faveur de Pavie en vue de préparer notre week-end, nous espérons que ce petit article donnera envie à ceux qui le liront de visiter cette très jolie ville, qui regorge de pépites et met en valeur son patrimoine, toutes époques confondues !


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