Si vous êtes un lecteur assidu de ce blog, vous avez déjà pu prendre connaissance de la première partie de cet article consacrée à nos quatre premiers jours de voyage en Inde, entre Delhi et Agra ; sinon, le lien est ici !
Jour 4 : trajet et première approche
Le cinquième jour de notre voyage est consacré en grande partie à notre trajet vers Lucknow, ville de résidence de la famille du marié. Plus de six heures de route sont prévues, les autoroutes étant limitées (officiellement) à 60 km/h pour les autobus. Le trajet se réalise toutefois sereinement entre explications du guide, lecture et surtout discussions avec notre jeune guide assistant qui a pris l’habitude de rejoindre les deux indisciplinés du fond du bus pour évoquer différentes notions de culture générale. Déroulement d’une cérémonie de mariage suivant les branches de l’hindouisme, dogme associé (il a par exemple interdiction de manger de la viande avant ses 25 ans), comparaison entre les festivités hindoues et chrétiennes (qui tombent au même moment du calendrier, comme Diwali et la Fête des morts / Toussaint), et même redécouverte de la série Oggy et les cafards de notre enfance qui fait un carton en Inde en ce moment, toutes tranches d’âge confondues ! Nous visionnons ensemble un épisode se déroulant à Bombay, c’est dire.
L’arrivée à Lucknow se fait en fin d’après-midi. Premier constat : la ville est extrêmement verte ! Deuxième constat, qui nous plait immédiatement : de nombreux « Tuk tuk » sont garés juste en face de l’hôtel, nous allons pouvoir vadrouiller dans la ville à notre guise ! Car les visites guidées sont désormais terminées, nos guides nous ont quitté dans la journée, les journées à venir vont être dédiées aux cérémonies de mariage et au temps libre à occuper chacun de son côté.
Nous prenons à présent nos quartiers à l’hôtel Sapphire Premium Banquet, qui s’avèrera être mon hôtel préféré de tout le séjour. La chambre est immense, dans une gamme de luxe dans laquelle jamais nous n’aurions pensé résider si nous avions choisi nous-mêmes ! Le pouvoir d’achat européen fait toutefois la différence à l’étranger, et cette suite nous coûte finalement l’équivalent de 60 euros la nuit… pour deux, petit déjeuner inclus.
Petit plus : la famille du marié nous a déposé un cadeau, un joli panier garni de bienvenue, qui nous fait très plaisir et nous intègre dès à présent dans l’ambiance « mariage » ! De même, nous recevons un joli fascicule nous décrivant l’intégralité des cérémonies que nous allons vivre, dans un anglais parfait, un plaisir pour se préparer aux bons moments à venir.




Une fois l’installation de la chambre faite (nous pouvons cette fois déballer la valise, nous restons quatre nuits) et l’électricité maitrisée (avec l’aide d’un groom passant dans le couloir qui a tout autant galéré que nous à gérer les va-et-vient des prises !), nous filons immédiatement vers l’extérieur afin d’apprivoiser notre environnement proche. Nous apprenons par la suite qu’un message avait été diffusé via le réseau WhatsApp nous incitant à la prudence et nous recommandant même de ne pas quitter l’hôtel : n’étant pas des plus connectés quand nous sommes en voyage, nous n’avons pas pu tenir compte de cette information… et tant mieux ! Car le quartier est tout ce qu’il y a de correct et nous nous sentirons parfaitement en sécurité durant l’ensemble de notre séjour dans cette ville. Mais là encore, comme abordé dans l’article précédent, la notion de responsabilité est très forte en Inde, et nos hôtes ne veulent surtout pas que nous subissions un quelconque souci durant notre séjour dans leur ville.
La nuit tombant très rapidement, nous décidons de déambuler au hasard dans les rues proches de l’hôtel, et découvrons tout un quartier de commerçants le long de la voie ferrée composé de toutes petites boutiques d’artisans réparties par thématiques (le coin des mécaniciens, le coin des vendeurs de vêtements, les commerces de bouche…). Nous décidons également de rejoindre un point traversant le fleuve afin d’admirer le coucher de soleil sur l’eau : la traversée de la voie est… audacieuse (ou inconsciente ?). La technique est en effet très simple, et nous reproduisons très rapidement la manière de faire des locaux : il faut foncer dedans, les voitures nous éviteront ! Et effectivement, ça marche (sinon, il n’y aurait pas d’article de blog en ce moment vu la vitesse des véhicules).
La vue sur le soleil couchant est juste magnifique, et nous décidons de pousser de l’autre côté du pont afin d’aller regarder les horaires d’ouverture d’un jardin botanique. Nous devons toutefois renoncer à l’intégralité de notre promenade, la nuit noire apparaissant d’un coup et les trottoirs étant quasiment inexistants sur l’autre rive. Ce n’est que partie remise !

Jour 6 : bénédiction des mariés et place aux éléphants
Le petit déjeuner est une étape très importante pour nous, d’autant plus quand nous savons que les journées vont être longues : nous découvrons donc le buffet avec grand plaisir, ce dernier offrant une thématique essentiellement « locale et salée » (avec très peu de plats dits « continentaux »). Nous nous gavons de Sambhar, une soupe épicée, et de galettes farcies aux légumes, tout en nous abreuvant de thé massala.
Fait intéressant à observer ici que je n’avais pas perçu dans les autres hôtels : la femme est ici traitée différemment de l’homme. Quand monsieur voulait se servir une tasse de thé, trois serveurs accouraient pour le faire à sa place, quitte à ce qu’une personne soutienne la soucoupe pendant qu’une autre stabilise la tasse et que la troisième serve la boisson (et qu’une quatrième apporte le tout à table). Alors que quand je souhaitais une tasse de thé, les quatre même personnes me regardaient réaliser tout le processus en restant stoïquement alignés derrière le buffet.
Petite précision : ça a marché une fois grâce à l’effet de surprise, mais pas deux, et j’ai eu droit à mon service comme monsieur à partir de la deuxième tasse ! Non mais.


C’est à Lucknow que nous prenons également conscience des différences avec l’Europe concernant la gestion des déchets. Sur la photo ci-dessus, vous remarquez des bouteilles d’eau de format miniature : ce sera le format habituel que nous consommerons tous, à raison de quasiment 6 par jour, pendant les 4 jours à venir. Notre poubelle de chambre débordera très rapidement de ces dizaines de mini-bouteilles, malgré le fait qu’en parallèle nous désinfections de l’eau du robinet avec des pastilles de décontamination tous les matins, et que nous faisions bouillir de l’eau pour des tisanes avec la bouilloire de la chambre. Après interrogation sur ce format (pourquoi ne pas proposer des bouteilles plus grandes pour des tables de restaurant ??), la réponse est imparable : c’est pratique à emporter, et les touristes sont contents. Tout simplement.
Après un petit tour dans le quartier proche afin de repérer notre environnement, nous nous mettons rapidement en route pour assister aux deux premières cérémonies nuptiales.

Les rites sont très codifiés et font participer l’ensemble de la famille des futurs époux. Nous assistons donc d’abord à la cérémonie d’Ashirbaad, qui consiste en la bénédiction réciproque des aînés de chaque famille et des fiancés : les premiers posent leur main sur la tête des seconds, et ces derniers touchent les genoux et les pieds de leurs ancêtres (au sens large, allant des grandes tantes aux grands-parents et aux parents). Le moment est joyeux, pas du tout guindé ou procédurier comme on aurait pu penser à la lecture des descriptifs des cérémonies, c’est un moment de fête et de discussion libre ou les convives déambulent, discutent, mangent des petits apéritifs régulièrement apportés par des serveurs…
La deuxième cérémonie à laquelle nous assistons est celle de l’Aiburo Bhaat : une table comportant de nombreux plats est dressée en parallèle de la première cérémonie, et les futurs époux y sont nourris par leurs parents, chacun donnant une cuillère dans la bouche de son enfant ! Le repas est ensuite partagé avec les personnes « non mariées », qui sont ici des membres de la famille ou des amis proches, idem, toujours pas de cérémonial strict (du moins en apparence du côté du public !). Pendant ce temps là, le reste des convives (dont nous faisons partie) se servent à un magnifique buffet proposant de multiples plats, s’installent à une table, se relèvent, s’installent ailleurs… Une autre manière de manger que celle dont nous avons l’habitude en France, et qui s’avère parfaitement convivial puisqu’elle permet de discuter avec des personnes différentes.


L’après-midi verra les chemins de monsieur et moi se séparer : en effet, les femmes sont conviées à un essayage de sarees en vue de la soirée du lendemain ainsi qu’à la cérémonie du Mehendi ou Henna (tatouage au henné sur les mains), alors que les hommes sont ramenés à l’hôtel et bénéficient d’un temps libre durant tout l’après-midi.
Monsieur se rend donc, accompagné d’autres touristes avec lesquels nous avons sympathisé (nous ne sommes pas les seuls à être sans cesse rapatriés par le guide sur les sites touristiques, à force, ça crée des liens), au parc commémoratif d’Ambedkar, réputé comme étant l’un des plus beaux parcs de Lucknow. Entre pelouses, fontaines, étang et espaces mémoriels, le site est juste magnifique, et de nombreux monuments valent le coup d’œil, entre autres une Stupa en grès de 34 mètres de hauteur illustrant la vie et l’œuvre du Dr Ambedkar, ancien ministre et principal rédacteur de la Constitution de l’Inde après que le pays ait accédé à l’indépendance, ou encore un musée et une bibliothèque également consacrés à ses travaux.
Un après-midi complet ne suffit toutefois pas à explorer l’intégralité du site, et le temps a surtout été consacré à la découverte des espaces extérieurs, et notamment à celle de l’esplanade monumentale connue pour ses 124 statues d’éléphants alignés, donnant une perspective incroyable au site… Photos à l’appui !




Nous nous retrouvons ensuite tous à l’hôtel afin de nous préparer pour la soirée « européenne ». Petit fait amusant : je suis rentrée avant monsieur, et je n’avais pas la clef de la chambre. Souhaitant commencer à m’habiller, je me rends donc à la réception accompagnée d’une cousine (pour la traduction en anglais, ma petite faiblesse) afin de demander un double. Là, un agent m’a immédiatement accompagné et m’a ouvert la porte de ma chambre sans vérification d’identité et sans me poser la moindre question ! Un touriste en vaut un autre, finalement !
Aucune cérémonie particulière n’aura lieu durant la soirée, dédiée surtout à la fête entre proches, familles et amis confondus, aux photos d’enfance diffusées sur écran et aux performances artistiques des uns et des autres en hommage aux mariés (qui ont pu refaire leur première danse du mariage religieux déjà tenu en France durant l’été). Fait notable : ce sera la seule fois que de l’alcool nous sera proposé, dont notamment un Gin de l’île de Goa ou encore un whisky local. Autre fait intéressant pour nous (bien que très surprenant sur le coup) : la piste de danse endiablée se stoppe d’un coup à 23h pour… aller manger. Le repas est en effet servi APRÈS la partie dancing. Et il fait nuit noir tellement rapidement qu’on a l’impression complètement faussée d’avoir veillé jusqu’au bout de la nuit, alors qu’il n’est même pas minuit. Un peu perturbant… mais pas idiot du tout dans un contexte de journées de fête qui s’enchaînent !
Nous n’aborderons pas ici le retour héroïque à l’hôtel à 20 personnes dans un minibus (avec pneus lisses) : nous pouvons juste dire qu’il était musical, et que le chauffeur a certainement eu « YMCA » en boucle dans la tête toute la nuit. Mais ce qui se passe à Lucknow reste à Lucknow (et en vidéo sur Facebook, sinon ce n’est pas drôle).
Jour 7 – quartier commerçant et curcuma
Nous profitons d’un temps libre en matinée pour retourner nous promener dans le quartier, cette fois de jour, afin notamment de repérer l’entrée du métro qui apparait aux alentours de l’hôtel. Nous reprenons quasiment le chemin de la veille, mais en longeant cette fois le dessous d’un pont routier, qui s’avère accueillir un marché permanent. Nous déambulons donc le long des stands au hasard de nos pas, jusqu’à devoir faire demi-tour afin de ne pas être en retard aux premières festivités de la journée !


La cérémonie du midi est nommée Haldi Tumeric ou Gay Holud : elle consiste à enduire les mariés de curcuma sur le visage, la poitrine, les mains et les pieds à des fins de prospérité et de bonne santé. L’ensemble des participants est vêtu de jaune, couleur symbolisant la joie, et l’effet esthétique est très réussi. Différents rites sont également réalisés par les mères des futurs époux, chacune pour son enfant. Étant une femme mariée, j’ai eu la possibilité de participer à la cérémonie et d’apposer également un peu de curcuma sur la future épouse, ce qui est tout de même un peu émouvant au regard de la force du rituel qui est bien perceptible (même si très bon enfant, là encore rien de guindé).



Des fleurs sont ensuite jetées sur les mariés, et ils doivent casser du talon trois petits pots de terre cuite afin de clore la cérémonie (pas aussi évident que ça y parait, surtout en plein soleil depuis une heure et pieds nus !). Le tout se poursuit par un repas composé d’abord de biscuits apportés par la famille du marié et distribués en apéritif, suivi d’un buffet sur le patio de l’hôtel. Là encore, la cuisine est absolument excellente, je pense que nous avons passé deux semaines à manger des plats meilleurs les uns que les autres.
Et en plus, nous pouvons assister à la confection du naan (une sorte de galette de pain à base de farine de blé et cuite directement sur la paroi du four) directement sur le Rooftop, on ne s’est pas privé d’aller admirer !


L’après-midi est à nouveau libre, et nous décidons de nous rendre en « Tuk Tuk » au jardin botanique, indiqué dans un guide de voyage papier assez célèbre comme étant un incontournable de la ville. Disons que nous allons continuer à créer nos programmes de voyage à l’aide de blogs de voyageurs, car le lieu que nous découvrons, bien qu’assez joli au demeurant, est visité en à peu près 5 min 30 ! Il s’avère que le véritable jardin est en fait de l’autre côté de l’avenue, on retentera demain…


Nous nous dirigeons donc vers le Bara Imambara, un complexe monumental érigé par le Nawab Asaf-Ud-Daula de Lucknow entre 1784 et 1791. On y trouve ici la tombe de dernier, une mosquée, un palais avec un immense jardin… Le lieu est très paisible, même si nous faisons l’objet de multiples sollicitations pour des selfies ! Il y a très peu de touristes, et nous dénotons littéralement dans le paysage. Nous pouvons toutefois prendre de très belles photos du fait d’un agent de surveillance complaisant avec nous, et qui nous autorise à franchir le portail de la partie payante juste pour regarder l’intérieur…



La partie intérieure du site se visite en effet, mais un tour organisé est prévu au planning de la journée du samedi, et nous parions sur le fait que ce bâtiment sera certainement au programme ! Nous profitons donc de notre temps libre pour aller découvrir des lieux un peu plus insolites, ne risquant pas de faire l’objet d’une visite guidée.
Nous passons donc le long de la Rumi Darwaza de 1784, érigée par le même Nawab, qui marquait autre fois l’entrée dans la vieille ville et est aujourd’hui le symbole de Luckow, avant de nous rendre au pied de la tour de l’horloge. Construite en briques rouges en 1881, elle mesure près de 70 mètres de haut, faisant d’elle la plus haute tour d’horloge du pays.
Juste à côté, se trouve la galerie d’Hussainabad, une ancienne résidence d’été royale, assortie d’un lac artificiel (quasiment à sec lors de notre venue). Des chèvres broutent tranquillement dans la pelouse juste à côté de nous, l’ambiance est très calme malgré la route animée que nous venons de traverser.



Nous terminons notre après-midi avec la visite du quartier de Chowk, auquel nous accédons en franchissant un mur d’enceinte de pierre blanche. Au regard du coucher du soleil qui arrive doucement, nous décidons d’aller encore visiter le mausolée Chhota Imambara, édifié sous le règne du Nawab Ali Shah en 1882, qui abrite le trône d’argent et la couronne rouge de ce dernier. A l’origine, nous recherchions le « petit Taj Mahal » censé se trouver dans le secteur, mais nous ne sommes pas déçus pour autant par la découverte du lieu, d’autant plus que le gardien du mausolée nous accueille volontiers pour nous proposer un petit commentaire du Trésor (moyennant petite finance, évidemment, mais c’est le jeu).
Précision : nous sommes ici dans l’enceinte d’une mosquée, et le port du voile est obligatoire pour les femmes (si vous n’avez pas de foulard, il vous en est prêté un à l’entrée).





Le coucher de soleil arrive très rapidement, et nous nous mettons en quête d’un véhicule pour le retour à l’hôtel. A noter que jamais un conducteur de Tuk Tuk ne vous refusera une course… même s’il n’a absolument aucune idée d’où il doit vous emmener ! Et sachez qu’il n’écoutera jamais rien à ce que vous lui indiquez, même si vous avez Google Map sur le téléphone à la main et que vous lui indiquez le trajet, il préfèrera toujours s’arrêter douze fois sur le bas-côté pour se faire renseigner par des collègues.
Et enfin, apprenez que certains Tuk Tuk fonctionnent sur batterie et qu’ils doivent donc être rechargés régulièrement… Même si cinq touristes se trouvent à l’intérieur ! C’est d’ailleurs peut-être la seule frayeur du séjour que nous avons eue, même si elle a été sans aucune conséquence néfaste : mais quand un chauffeur vous emmène dans la direction inverse de votre trajet, se rend dans un quartier résidentiel isolé et coupe le moteur devant une maison d’où plusieurs enfants sortent et vous encerclent, vous n’êtes pas franchement à l’aise… Alors qu’en réalité, il a tout simplement échangé son véhicule avec un autre en cours de charge dans son garage, et les enfants étaient les siens, attirés là par la curiosité !
Et nous avons été ramenés sans encombre à l’hôtel, dans les temps pour le démarrage des cérémonies du soir, le point culminant du mariage, avant lequel les femmes devaient encore aller se faire habiller à tour de rôle avec leurs sarees choisis la veille après-midi alors que les hommes portaient la Kurta, tunique traditionnelle (nettement plus facile à enfiler, c’est moi qui vous le dis).

Les cérémonies du soir ont été clairement les plus belles : les époux se présentent séparément avec leurs familles respectives, puis se retrouvent autour d’un prêtre pour une cérémonie d’une durée de quasiment deux heures de temps. Différents cérémoniels s’enchainent alors : Subho drishti, durant lequel la fiancée est conduite à son fiancé le visage masqué, portée par les hommes de sa famille qui la font tourner sept fois autour de son promis avant qu’elle lui soit dévoilée ; Mala Bodol, où les futurs époux, entre autres rituels, échangent des guirlandes de fleurs et tournent autour d’un feu ; et pour finir le Sindur Daan, où l’époux « marque » sa femme de la couleur rouge à la racine des cheveux : le mariage est alors réputé être consommé.
Chose « amusante » à constater, mais pour laquelle nous avions été prévenus en amont : les invités circulent librement pendant la cérémonie, discutent, téléphonent, voire commencent même à manger à partir du moment où le buffet s’ouvre ! Pour notre part, nous avons peut-être peu de photos… mais nous n’avons pas perdu une miette de cette cérémonie incroyable ! Ni du très beau repas qui a suivi, d’ailleurs.
Jour 8 : dinosaures et centre-ville
La journée du lendemain est entièrement dédiée au temps libre : notre petit groupe devenu habituel décide donc de retenter sa chance et d’aller voir ce fameux jardin botanique, le vrai cette fois, pas celui d’il y a deux jours et qui était tout petit. Mais après avoir été déposés devant la porte par deux Tuk Tuk qui s’en vont immédiatement, nous découvrons que ce jardin a des horaires spécifiques à partir du 1er octobre : ouvert de 6h à 8h ! Nous en sommes bien loin et, malgré nos sollicitations (« c’est juste pour une photo ! »), le gardien est absolument inflexible.
Nous décidons donc de reprendre deux véhicules et d’aller visiter le Janeshwar Mishra Park, le plus grand parc d’Asie, rien que ça ! Dénommé en hommage à l’homme politique Janeshwar Mishra (dont la statue domine le centre du site), ce parc arboré est un véritable poumon vert organisé autour d’un grand plan d’eau. Nous déambulons donc le nez en l’air, à pied, mais nous avons également la possibilité d’emprunter des véhicules électriques (qui s’arrêtent à nos côtés pour nous proposer leurs services, comme le feraient les Tuk Tuk au bord de la route !) ou encore des vélos.
Nous découvrons toutefois, au hasard d’une allée, deux animaux insolites : deux ptérodactyles qui nous fixent depuis une immense porte qui ne nous est pas inconnue… Bienvenue à Jurassic Park, au cœur d’un parc municipal indien ! Nous allons donc tous admirer les dinosaures au fil d’un parcours franchement très bien conçu : les bêtes sont créées avec des éléments de moteurs recyclés, il y a des panneaux d’interprétation, même des écrans de TV selon les étapes, un coin restauration (où un Coca bien sucré s’avère être bienvenu)… et même un Tyrannosaurus Rex qui vient saluer les écoliers en visite !





Pour l’après-midi, nous décidons de rejoindre les grandes artères commerçantes de Lucknow, afin de laisser ceux qui le souhaitent réaliser quelques emplettes. Pour nous deux, c’est l’occasion de découvrir les rues parallèles, beaucoup moins touristiques pour le coup, et de nous plonger dans les ruelles, les vieilles portes et les mosquées de quartier. Nous découvrons même une église chrétienne dans laquelle une fête se prépare, musique à fond comme preuve de festivités à venir ! D’un petit bazar de quartier au « Mall » moderne, nous essorons littéralement le centre-ville.





La soirée fait l’objet d’un petit programme qui nous parait bien attractif : un « Food tour » pédestre à la découverte des spécialités culinaires de Lucknow, par une agence locale que je ne citerai pas (le but de ce blog étant de partager ce que nous avons aimé, mais pas de démolir les organismes ou personnes qui nous ont déçu). Nous nous étions naturellement inscrits bien en amont de notre départ, on ne va quand même pas rater une occasion de bien manger ! Mais c’était sans compter sur la circulation routière, complètement anarchique ce soir-là, cumulant accidents (pourtant bien rares, mais quand un grand bruit sourd retenti tout proche et que le véhicule juste derrière nous disparait d’un coup de notre vue, ça fait un drôle d’effet), procession religieuse… et une petite erreur de coordonnées GPS dans la transmission du lieu de rendez-vous. En bref, nous arrivons tous avec quasiment deux heures de retard, alors forcément le déroulé de la soirée s’en ressent.
Nous avons tout de même le temps de passer dans quatre « restaurants » différents, afin de goûter diverses spécialités qui s’avèrent plus ou moins locales (car je ne pense pas qu’il y ait du « buffle d’eau » en plein cœur de l’Inde du nord), mais dans tous les cas bien épicées (un collègue a d’ailleurs failli s’étouffer sérieusement avec sa boulette de viande). Nous avons la possibilité de voir comment la nourriture est fabriquée, et je ne cacherais pas avoir mangé un Smecta de prévention en rentrant à l’hôtel ! Car autant nous faisions relativement attention à notre alimentation depuis que nous étions arrivés en voyage (les problèmes intestinaux étant tout de même assez la norme chez les touristes européens de passage en Asie), autant là, nous avons atteint le fond en termes de conditions d’hygiène. On ajoute à cela quelques situations gênantes, comme par exemple le guide qui fait vider une table où des personnes sont attablées pour que nous puissions nous installer à leur place, et on dira que cette soirée n’était pas forcément une grande réussite au final, ni en termes de qualité, ni d’ambiance.
Et gros point négatif que je retiendrai de cette sortie, qui avait tout pour plaire sur le papier : j’avais faim en rentrant. Je ne sais pas pour les autres, mais moi, un cube de fromage, une bouchée de riz, un morceau de viande et une pâtisserie debout dans la rue, ça ne me nourrit pas. Et surtout, ça ne vaut pas 3500 roupies par personne, soit 35 euros. Sachant que les plats proposés dans les commerces coûtaient aux environ de 50 roupies… et je parle bien de plats, par d’assiette de dégustation. Si au moins on pouvait dire que le guide nous a apporté des explications concrètes, mais à part nous commenter le nom des plats qu’on nous faisait goûter en mini-portions, rien de tout cela non plus. Et nous avons naturellement également payé de notre poche les trajets aller et retour pour le retrouver sur site !
En bref, une jolie arnaque pour touriste européen qui est prêt à dépenser 35 euros pour se « dévergonder » dans de la cuisine de rue. Personnellement, ce n’est pas mon cas ! Mais ce sera la seule « mauvaise » expérience (sans conséquences autres que financières, finalement) du séjour, alors mieux vaut maintenant en rire !
Jour 9 : cité oubliée
La dernière journée à Lucknow fait l’objet d’une visite guidée en autocar. Après un dernier très bon petit déjeuner (on ne s’en lasse pas), nous nous dirigeons vers le site de The Residency, aujourd’hui protégé au titre du patrimoine archéologique indien.
Construit entre 1780 et 1800 par les Nawab Asaf-ud-Daula puis Saadat Ali Khan, le site sert de résidence à l’État major britannique. C’est ici que les responsables coloniaux et leurs familles se réfugient en 1857 lors de la première révolte indienne et les cinq mois de siège de Lucknow… Il est important de préciser que les colons avaient réprimé très durement la population locale, allant jusqu’à réaliser ici des pendaisons arbitraires auxquelles les habitants avaient obligation de venir assister. Le site est alors totalement détruit par les Indiens et le traumatisme est tel du côté des colons qu’il ne fut jamais reconstruit et plus jamais habité.
Le lieu est très calme, très arboré, paisible, peuplé d’écureuils et de papillons… tout en étant glaçant selon certains bâtiments (celui du médecin m’a donné un frisson dans la colonne vertébrale malgré les 30°C). On peut déambuler librement sur tout le site et dans les bâtiments désaffectés. Un musée se situe au cœur du complexe que nous n’avons malheureusement pas le temps d’aller visiter. Un moment hors du temps, avec des panneaux d’explications tout à fait compréhensibles pour quelqu’un qui assez maitrise mal l’anglais comme moi.




Retour ensuite à Lucknow centre pour aller visiter le Bara Imambara : nous avions déjà vu le site deux jours auparavant, mais sans y pénétrer, par manque de temps, ceci est donc chose faite ! Nous admirons donc le mausolée de l’intérieur et avons la possibilité de monter sur la terrasse en empruntant ce qui est joliment nommé « le labyrinthe ». Et honnêtement, il vaut mieux ne pas perdre le guide ! Car entre les multiples tournants et les groupes de touristes qui se télescopent dans les escaliers, il est très facile de perdre son groupe… Attention aussi aux personnes sujettes au vertige, car depuis la galerie supérieure nous marchons le long des balcons intérieurs du mausolée… sans aucune protection type barrière ou vitre quelconque. A la limite du dangereux, mais c’est comme sur la route : ça passe !
L’expérience de la marche dans ce dédale vaut toutefois le détour, et la vue que nous découvrons également. Nous dominons tout le complexe et avons le temps d’admirer les toits et les jardins. Une belle découverte qui complète parfaitement notre visite en autonomie des jours précédents.



Après un repas imposé dans un lieu censé être une institution mais qui s’avère être d’une désorganisation sans nom (et pourtant, quand on est en vacances, on est tolérant, mais on ne supporte pas les « attrape touristes » !), direction le collège de la Martinière, une autre institution du secteur.
La création d’un collège a été pensée par Claude Martin, aventurier français ayant offert ses services à la Compagnie anglaises des Indes orientales puis ayant fait fortune en Inde, qui décide par testament d’apporter une éducation aux enfants défavorisés. La succession de ce monsieur a été soldée et les clauses ainsi légèrement modifiées : aujourd’hui, l’année scolaire coûte 1 million de roupies par élève, soit environ 10 000 euros, on est loin de l’éducation pour tous. Nous croisons ainsi des élèves en plein match de criquet, de football, saluons des chevaux en attente de leur cours d’équitation (qui essaient de nous chopper le bras au passage oreilles plaquées sur l’encolure), pouvons admirer les halls d’entrée des différents espaces ornés de peintures murales et de plafonds à caisson… Le lieu est beau, mais nous avons quelques difficultés à comprendre la raison de notre visite ici, d’autant plus que certains contrastes sont saisissants : devant le gardien du portail se trouve par exemple une antenne relai sur une remorque. Et sous cette remorque vit une famille… On ne peut pas ne pas la voir, et pourtant ! Une sensation quelque peu mitigée en sortant de ce lieu en tant que touriste.



Et il est à présent temps de dire au revoir à une partie de notre groupe, et notamment à nos copains de voyage alsaciens, car la première semaine est terminée… Nous nous rendons tous à l’aéroport de Lucknow, certains pour s’envoler pour Calcutta (c’est notre cas), d’autres pour rentrer à Delhi comme étape vers l’Europe. Les villes à venir devront être au niveau, car pour moi, Lucknow est un véritable coup de cœur.
La suite dans la troisième partie d’article !
Une réflexion sur “Trois mariages et un voyage, partie 2 : Lucknow”