Il faut savoir une chose : jusqu’à encore quelques années, j’étais une très grande lectrice. Celle qui lisait 52 livres par an par principe, dans la voiture, le train, sur les genoux à un repas qui s’éternise, bref j’avais toujours un roman dans mon sac. Aujourd’hui, mon temps disponible par jour dédié à mes loisirs s’est réduit (mais on ne va pas se plaindre d’avoir un métier qui fonctionne !) et je lis nettement moins qu’avant. SAUF quand un nouveau livre de Louise Penny est disponible en librairie. Là, je ne réfléchis même pas, j’achète l’exemplaire et je me lance à corps perdu dans sa lecture pour vivre avec passion les enquêtes policières de l’inspecteur-chef de la sûreté du Québec Armand Gamache.
L’intrigue de cette série policière addictive se déroule dans les Cantons de l’est, au Québec. Si le village de Three Pines, siège majoritaire des intrigues, n’existe pas, il a toutefois été inspiré par de nombreux lieux réels recensés par les fans et faisant même l’objet de circuits de visites guidées. Il n’en fallait pas plus pour que nous posions nos valises quelques jours dans ce joli secteur géographique…
Jour 1 – Knoltown, Saint-Benoît-du-Lac et Magog
Première étape de notre périple : le village de Knowlton, faisant aujourd’hui partie de la ville de Lac-Brome. Réputé pour être un des plus beaux villages du Québec, nous avons d’autant plus pris de plaisir à nous y promener que son théâtre venait d’être cité dans mon livre du moment, La nature de la bête, et qu’il est tout de même particulièrement rare de voir en vrai les lieux dont on vient de lire une description ! La librairie du village est citée elle aussi dans un autre roman, La faille en toute chose, et l’ensemble de la commune rappelle les descriptions de Three Pines, avec son lac central et ses maisons et commerces répartis tout autour.
Nous prenons donc un immense plaisir à arpenter ce joli lieu, qui propose également un petit parcours de visite orienté sur le patrimoine architectural, avec des panneaux d’explication placés devant les bâtiments historiques, photos d’archives à l’appui. Un Musée d’histoire permet également de contempler la peinture de Jane Neal, centrale dans Nature morte, réalisée spécialement pour l’adaptation télévisée de ce roman et confiée ensuite au Président de la société historique locale pour être exposée « en vrai » !





Après cette première immersion dans les Cantons de l’Est, nous poursuivons notre journée en restant dans la thématique littéraire : direction l’abbaye Saint-Benoît-du-Lac, siège d’un meurtre à huis clos dans le roman Le beau mystère, mais sous le nom imaginaire d’abbaye de Saint-Gilbert-entre-les Loups. Nous sommes toutefois extrêmement surpris par le lieu, totalement différent de celui décrit dans le roman : nous ne sommes pas dans un site mystique et ancien, mais dans un bâtiment datant de 1952 avec des influences successives des années 70, 80… L’ensemble est donc moderne, géométrique, vivant, très agréable à découvrir (l’entrée est d’ailleurs gratuite, ce qui nous surprend toujours !), avec une exposition dans son hall sur l’origine du lieu qui est très bien faite, assortie de nombreuses photos et illustrations.


On y apprend notamment que l’origine du site est française ! Des moines bénédictains issus de la communauté de l’abbaye de Saint-Wandrille en Normandie, réfugiés en Belgique suite à une loi civile forçant les religieux de France à l’exil, projettent en effet de s’établir au Canada. Dom Paul Vannier y est envoyé en éclaireur en 1912, avec comme mission de préparer la venue de la congrégation. Avec l’approbation de l’évêque de Sherbrooke, Monseigneur Paul LaRocque, il se porte acquéreur d’une ferme aux abords du lac Memphrémagog et s’y installe le 4 décembre. Au fil des ans et de l’arrivée des moines, le site grandit jusqu’à devenir celui que l’on connait, accueillant encore aujourd’hui de nombreux moines, mais également des hommes laïcs souhaitant faire retraite et participer à la vie quotidienne des religieux.
Une partie du site n’est donc pas accessible au visiteur lambda, mais nous avons largement de quoi visiter pour ne pas en être frustrés ! Nous passons quasiment 2 heures sur ce site, terminant évidemment nous découverte par un passage à la boutique monastique afin d’acquérir quelques souvenir alimentaires (avec le regret de ne pas pouvoir acquérir le célèbre fromage fabriqué sur site…)


La journée avance vite, et nous décidons de profiter des dernières heures de lumière en allant à Magog, au bord du lac Memphrémagog, ville également souvent citée dans les romans.
Le lieu est évidemment plus urbain et touristique que nos autres découvertes de la journée, mais toutefois très serein. Nous débutons notre découverte par un joli parc donnant sur le lac, où de nombreux écureuils curieux chassent activement de la nourriture ; nous déambulons ensuite dans les rues de la ville au hasard des jolies maisons que nous voyons. A un moment, nous apercevons d’ailleurs un clocher : c’est une petite église, mais quelque chose cloche, il y a un panneau publicitaire pour une marque de gin à l’entrée. Et après lecture, nous comprenons que le lieu a été vendu à Cherry River, une marque locale de spiritueux ! La curiosité prend le dessus, nous rentrons dans l’établissement tombons sur une vendeuse absolument incroyable qui nous présente la raison de leur présence en ce lieu (en fait vendu par l’Église faute de denier du culte et racheté par l’entreprise) en plus de nous faire une très bonne publicité pour les produits, tout en comparant avec nous les différences entre France et Québec en termes de conduite automobile, de maitrise des langues étrangères (pas gagné pour nous !) etc. . Évidemment, nous craquons sur une bonne bouteille…





Et le soir arrive déjà, et avec lui un début de faim pour qui n’a rien mangé depuis le petit déjeuner ! La Microbrasserie des Cantons, située au bord du lac, attire notre attention immédiatement : les plats ont l’air locaux et les bières brassées sur site sont proposées au format dégustation, et en plus il reste de la place, feu !
Nous sommes ravis de la découverte de ce lieu, au service idéal et à la qualité de la nourriture juste incroyable. Nous mangeons extrêmement bien (et pour ma part, j’avais une envie furieuse de légumes qui a pu être assouvie) dans un très joli cadre, et la qualité justifiait largement la gamme de prix (mais qui restait abordable avec le taux de change dollars canadiens / euros en notre faveur)


Jour 2 : passion bords de lacs
La journée commence par une étape importante : nous avons posé nos valises au motel Confort Inn de Sherbrooke pour les quelques nuits dans le secteur, et investissons la salle de petit déjeuner afin de prendre des forces pour la journée. Et nous débutons par une petite surprise : autant la réceptionniste de service du soir nous avait bien mis à l’aise, nous précisant que la salle était petite et qu’il ne fallait pas hésiter à apporter un plateau directement dans notre chambre si aucune place ne devait être disponible… autant la personne du matin avait bien placé en évidence un panneau « Ceci n’est pas un buffet à volonté ! Maximum 10 minutes en salle » et nous a surveillés comme le lait sur le feu quand nous nous sommes servis, jaugeant sûrement qu’au regard de nos assiettes nous allions forcément en avoir pour un peu plus de 10 minutes de présence. Mais personnellement, je juge que pour un petit déjeuner à quasiment 20 dollars par personne, dans une salle à manger qui s’est avérée être déserte, dans un motel au bord d’une route nationale, j’avais au moins le droit de mâcher avant d’avaler ma nourriture !


Nous avons donc tout de même tenté de profiter de ce moment (sachant que les plats proposés étaient bon et proposés en très grande quantité, un vrai gâchis…) avant de nous diriger vers la ville de North Hatley, au bord du lac Massiwipi. Considéré comme un des plus beaux villages du Québec, le lieu est en effet absolument sublime, d’autant plus que le temps est splendide le jour de notre venue et que les couleurs des arbres rougissent de plus en plus au fil des jours. Et par le plus grand des hasards, nous croisons deux clients de notre hôtel qui nous reconnaissent et nous expliquent qu’ils viennent tous les ans ici à la même période de l’année, passent une nuit dans le même motel et viennent admirer les rives du lac depuis le même banc afin de profiter de l’automne avant que l’hiver ne s’installe. Un petit moment bien agréable qui nous fait penser que jamais, en France, ce type de conversation n’aurait pu avoir lieu avec de parfaits inconnus !



Mais sur le ban communal de North Hatley se trouve un autre site qui nous intéresse dans le contexte de notre « pèlerinage » autour d’Armand Gamache : le Manoir Hovey, qui a inspiré le manoir Bellechasse dans le livre Défense de tuer. La suite Bellechasse y existe d’ailleurs, pour le clin d’œil ! Nous sommes donc aller nous promener dans les alentours de cet hôtel faisant partie du groupe « Relais et châteaux » (ce qui donne tout de suite une idée du standing)
Puis direction la commune de Sainte-Catherine-de-Hatley dans un objectif précis : aller faire des emplettes à l’Erablière Gingras ! Après une petite balade dans le centre-bourg (tout petit mais très mignon, avec des auvents pour le marché décorés de vitraux fabriqués sur site par un artisan et représentant des paysages locaux), nous voyons apparaitre l’exploitation au bout d’un chemin. Sauf qu’il n’y a personne. Mais sauf que la campagne, c’est comme partout : les deux touristes que nous sommes ont été repérés à 100 m, un tracteur s’approche, nous demande ce que l’on cherche, on explique, c’est le père de l’exploitant, il revient, juste le temps de chercher sa clef !

Nous passons donc un petit moment directement avec ce monsieur, charmant, qui nous présente les machines d’extraction du sirop d’érable, l’histoire familiale du site, nous explique les marchés actuels pour les producteurs, qu’ils exportent en masse vers l’Europe pour de très grosses entreprises qui offrent des cadeaux floqués à leurs clients… Nous craquons évidemment sur des cannes de sirop (pour lesquelles nous avons d’ailleurs apporté une valise supplémentaire vide à l’aller en prévision !)



Nous prenons ensuite la direction de Venise, autant pour le côté amusant du nom que pour aller à nouveau admirer les bords du lac, avant de revenir sur Sherbrooke afin de découvrir tout de même notre ville de résidence.
Spécialité de cette ville qui en a justement été l’attrait principal pour moi : les murs peints monumentaux ! Il y en a 19 officiels, faisant l’objet d’un parcours de visite municipal avec dépliant associé remarquablement réalisé, téléchargeable en ligne ici. Le petit plus étant le jeu « cherche et trouve » qui force à observer chaque petits détails des fresques afin de trouver des éléments cachés dans le décor ! Sachant que des œuvres supplémentaires hors parcours apparaissent régulièrement, également de très belle qualité.





Mais Sherbrooke, c’est aussi et surtout une ville industrielle qui a su exploiter la puissance de la rivière Magog à des fins d’énergie hydro-électrique. Une promenade vertigineuse permet de franchir les chutes par une passerelle, et de rejoindre le secteur historique de la ville, avec l’hôtel de ville monumental, la basilique cathédrale Saint-Michel (impressionnante), le séminaire… On trouve également ici les rues commerçantes animées.




Mais le soleil se couche déjà et nous avons bien marché : retour à l’hôtel donc, puis petite sortie dans la zone industrielle afin d’aller manger dans un mini-complexe proposant plusieurs comptoirs de restauration rapide. La chaine Spicebros remporte nos suffrages (la cuisine indienne est une valeur sûre, et on avait envie de légumes – même noyés dans une sauce !)

Jour 3 : en route vers de nouvelles aventures
Jour 3 = jour du départ de ce joli secteur. Mais avant de quitter définitivement la région, nous décidons de faire plaisir à Célestin en allant visiter sa ville éponyme : bienvenue à Saint-Célestin !

La suite de notre voyage se poursuit avec la découverte de la ville de Trois-Rivières, un vrai coup de cœur pour tous les deux : restez connectez pour découvrir la suite de notre périple outre-Atlantique !