Le moindre week-end prolongé potentiel étant un prétexte pour partir à l’aventure, nous avons décidé, sur un coup de tête, en cette veille de jeudi de l’Ascension, de descendre dans le sud de la France. Motivation principale : voir le soleil en ce climat morose, mais surtout continuer à découvrir le secteur de la Côte d’Azur, que nous commençons à bien apprivoiser au gré de nos balades.
Jour 1 : Roquebrune-Cap-Martin
Après une nuit de trajet, nous arrivons au petit matin dans la charmante petite ville de Roquebrune-Cap-Martin. Le lieu est déjà bien animé car c’est jour de marché sur la place centrale, au pied d’un magnifique olivier, place de laquelle nous avons également une belle vue dégagée sur la Méditerranée. Un bonheur de revoir la mer !


Nous profitons de ce calme pour déambuler dans les rues du centre ancien, absolument charmant. Cours intérieures, porches, ateliers d’artisans, ruelles avec escaliers, cactus poussant à flanc de maison, et le soleil qui gagne du terrain progressivement offrent un superbe paysage : on se sent tout de suite en vacances ! Nous passons devant la jolie église Sainte-Marguerite dont les origines remontent au XIIIe siècle (évidemment fermée à notre passage – Chiesa chiusa, tout ça tout ça), montons voir le château qui domine la baie, puis allons admirer un olivier âgé de 2000 ans, classé aux Arbres remarquables et considéré comme le plus vieil arbre de France. 15 mètres de hauteur pour une circonférence de 20 mètres, il donne même encore des olives ! Il est absolument magnifique et nous avons adoré juste pouvoir le contempler.





Autre point très sympathique : un circuit de visite intitulé « Les balades C@p’tivantes » met en valeur l’histoire de Romain Gary, célèbre écrivain ayant vécu à Roquebrune-Cap-Martin, tout en délivrant des informations de contexte sur les bâtiments et monuments. Un très bon concept, et en plus sur un support tant physique que numérique, ce qui permet de poursuivre la découverte depuis chez soi.
Mais à propos de personnes célèbres, nous ne pouvions pas être en ce lieu sans aller « visiter » le cimetière, et aller sur la tombe du Corbusier ! Ce dernier a en effet construit différents bâtiments au lieu dit « Cap Moderne » tel son fameux cabanon dans lequel il résidait de manière intermittente. Il a également décoré la Villa E-1027 d’Eileen Grey, que nous comptons d’ailleurs bien visiter durant notre séjour (spoiler : il fallait en fait réserver notre créneau de visite des semaines en amont, c’est raté !). Bref, outre le côté architectural absolument fou de ses constructions, nous avions tous deux également lu un ouvrage l’an passé, Et devant moi la Liberté – Journal imaginaire de Charlotte Perriand, de Virginie Mouzat, qui dépeignait la personnalité visiblement très particulière de cet homme sûr de son talent à une époque où les femmes architectes ne pouvaient être finalement que des assistantes, et non des égales… enfin ça, c’est ce qu’il pensait, car le nom de Charlotte Perriand, bien que moins célèbre, est tout de même resté dans l’Histoire.

Après cette première promenade, nous reprenons la voiture, direction la ville d’Eze. Objectif : visiter son magnifique jardin botanique, aménagé sur les vestiges d’une forteresse médiévale et offrant un panorama à couper le souffle sur la mer. Nous ne sommes évidemment pas les seuls à avoir cette idée au regard de la météo et du week-end prolongé, mais notre stratégie de visiter ce type de lieux entre midi et deux s’avère payante : la file d’attente est rapide (d’autant plus que nous achetons nos billets en ligne durant notre attente, ce qui nous dispense de la deuxième file donnant vers une machine) et le jardin est assez grand pour diluer la petite foule présente.
Et ensuite, que dire à part que le lieu est sublime ? En tant que fan de cactus et plantes grasses, je suis comblée. Différents niveaux et espaces permettent de découvrir à chaque fois d’autres sortes de plantes, de bénéficier de panoramas différents sur l’arrière-pays ou la mer, et des œuvres d’art monumentales sont exposées.





A la sortie du jardin, nous dégustons une excellente limonade fraiche faite maison proposée par un stand, avant de nous lancer dans la découverte du centre-historique d’Eze, entièrement en pierre, puis de redescendre vers le bord de mer et de nous rendre à Saint-Jean-Cap-Ferrat.
Là, nous nous promenons d’abord le long de la mer au départ de son phare, avant de faire demi-tour et d’investir ensuite le centre-ville historique, puis la rue côtière afin de trouver un lieu où nous nourrir un peu car, mine de rien, le temps passe et nous n’avons rien mangé depuis la veille au soir, avant notre départ de nuit !
Le restaurant / bar lounge Léo Léa répondra à notre cahier des charges habituel : deux bières locales et une planchette à partager, le tout avec vue sur les bateaux amarrés dans le port : rien de mieux pour reprendre des forces.





Direction désormais notre lieu d’hébergement afin de poser nos affaires et nous reposer un petit peu : cap sur Roquebrune et l’Hôtel Alexandra, directement sur le front de mer. Plus de place de parking à notre arrivée, mais des emplacements gratuits à moins de 400 mètres sont disponibles, donc ce souci est rapidement écarté. Et notre chambre est juste immense, avec un balcon donnant sur un espace vert et la route montant vers le haut de la ville. Pas de vue sur mer pour cette fois, mais pour des personnes qui ont réservé leur séjour il y a deux jours, on ne s’en sort vraiment pas si mal, bien au contraire !

Et évidemment, on ne sait pas rester tranquille malgré la fatigue : on va encore se promener au bord de la mer afin de se gorger les poumons d’iode, avant de prendre un dernier moment pour nous face à la mer pour admirer le coucher de soleil depuis une chaise longue : ça sent les vacances !

Jour 2 : la vie de villa
Après une très bonne nuit de sommeil et un très bon petit déjeuner (vous le savez si vous êtes lecteur régulier de ce blog, c’est notre plus grand critère de sélection d’hôtel), direction la Villa Kérylos de Beaulieu-sur-Mer, que nous avons hâte de découvrir en vrai après en avoir vu beaucoup de photos lors de notre mini-préparation de séjour.
Cette villa a été construite entre 1902 et 1908 à l’initiative de Théodore Reinach, fasciné par la Grèce antique : le lieu entier, de l’organisation des pièces au mobilier en passant par la galerie de statues, est un hommage à cette civilisation. On est complètement transporté à une autre époque, le lieu est juste beau, harmonieux, hors du temps, avec une vue à couper le souffle sur la mer. On y passe évidemment plusieurs heures (quasiment trois), sachant qu’il y a également un petit jardin qui permet de prendre le temps de contempler le paysage et le bâtiment depuis l’extérieur.
Le lieu est aujourd’hui propriété de l’Institut de France et géré par le Centre des monuments nationaux : autrement dit, les titulaires de cartes professionnelles type « guide-conférencier » ont la gratuité.





Pour l’après-midi, nous décidons de passer en Rome antique, avec la découverte du village de la Turbie et de son Trophée d’Auguste.
Érigé en 6 ou 7 av. J-C. sur la route qui relie l’Italie aux Alpes Maritimes, ce monument célèbre la soumission des populations alpines en glorifiant les exploits militaires de l’Empereur Auguste. Intégré plus tard dans la construction d’une forteresse médiévale, il est finalement re-découvert et restauré au XIXe siècle. Le résultat que nous voyons est donc un mélange entre réalité archéologique, château détruit partiellement, et reconstruction sur une base plus imaginaire que réellement historique ! Mais ce n’est pas grave, le lieu a une âme, on passe de l’époque romaine au Moyen-Age en se promenant librement dans l’ensemble du site, on peut grimper dans le monument, un petit centre d’interprétation permet de voir des éléments de décor, la muséographie est belle et didactique entre puzzles, illuminations de vestiges, maquettes destinées au toucher pour les malvoyants et films de présentation. A cela s’ajoute également de la réalité augmentée en extérieur avec des points de vue indiqués par panneaux, vraiment accessible même avec de vieux téléphones comme les nôtres ! Bref, on passe un super moment, en étant à nouveau absolument seuls au monde.





Sachant que, là encore, nous sommes sur un site des Monuments nationaux, donc gratuité pour toute personne disposant d’une carte professionnelle !
Nous en profitons également pour nous promener dans le centre historique de la Turbie, entièrement en pierre et pavage, le tout sous un ciel bleu incroyable.



Pour terminer l’après-midi, nous nous dirigeons ensuite vers la ville de Menton, mondialement connue ne serait-ce que pour sa fête du citron. Pourtant, la cité a bien d’autres atouts ! Labellisée « Ville d’art et d’histoire », son centre historique est riche en découvertes : basilique Saint-Michel l’Archange, marché des halles, rues sinueuses enchevêtrées et maisons étroites, bastion accueillant le musée Jean Cocteau… le temps file toutefois rapidement et, après un passage dans la rue Saint-Michel afin de tout de même rapporter un petit souvenir (à base de citron, on reste des touristes), nous recherchons déjà un lieu de restauration pour le soir. Lieu que nous trouvons d’ailleurs très rapidement en la présence des Incompris, sur le quai Gordon Bennet. Au menu : bière au citron issue d’une brasserie artisanale locale, ceviche de dorade, tataki de poisson, accompagnés de panisses… Un très bon repas, en plus avec une jolie vue sur la marina.





Jour 3 : on prend goût aux villas
Visiblement, on prend goût à la visite de villas, puisqu’on enchaine dès ce matin avec la découverte de la villa Ephrussi de Rothschild, située à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Enfin villa, pas seulement, puisque le site dispose d’une vingtaine de jardins thématiques, élément qui nous intéresse tout particulièrement !
Mais revenons à nos villas : cette dernière est érigée entre 1907 et 1912 par Mme Ephrussi, de Rotschild de nom de naissance, qui va laisser libre court à son imagination afin de construire, meubler et décorer cette maison, dont elle a d’ailleurs eu grand plaisir à acheter le terrain au nez et à la barbe du roi des Belges, également intéressé par le site ! Elle y vit ensuite durant les mois d’hiver et ce jusqu’à sa mort en 1933, atteinte de la tuberculose. Mais Béatrice anticipe : elle lègue la villa et ses jardins, ainsi que l’intégralité de sa collection d’œuvres d’art à l’Académie des Beaux-Arts, afin que son patrimoine méticuleusement constitué soit préservé. Cette dernière gère ainsi le site depuis cette date, via des délégataires à partir de 1991 puis à nouveau en régie depuis 2023.
Sachant qu’il y a également possibilité de manger sur place au sein même de la villa : pour notre part, nous avons dégusté une bière spéciale « Villa Ephrussi », rien que pour le plaisir d’être assis au cœur de la salle manger dont les baies vitrées donnent de toute part sur les jardins et la mer !



Après cette courte pause historique, passons au ressenti : le bâtiment est magnifique, les pièces meublées et décorées de très belle façon, la partie muséale est intéressante et didactique avec diffusion de film, possibilité de déambuler librement dans les pièces… Mais nous, ce qu’on a préféré, ce sont les jardins ! Splendides, très bien entretenus, avec tant des cactus que des jeux d’eau style renaissance à la française, on a adoré y passer quasiment deux heures.





En résumé : nous avons passé un moment formidable auquel nous ne attendions pas forcément. La foule était en effet déjà très dense sur le parking, avec des personnes ayant visiblement beaucoup de mal à réussir à faire rentrer leur voiture dans un emplacement de stationnement ; il y avait beaucoup de nervosité, des groupes qui attendaient en masse devant la porte d’entrée du site… Nous avons vraiment craint l’effet « parc d’attraction », qui n’a heureusement pas eu lieu du fait de la taille du site (et aussi du fait que les touristes traditionnels ne restent pas deux heures durant dans un jardin à regarder des cactus).
Pour l’après-midi, nous décidons de changer de pays : pas pour aller en Italie (même si la frontière nous tend les bras et nous tente à chaque instant) mais pour visiter Monaco, où personnellement j’avais été il y a une dizaine d’année durant une journée, et dont j’avais somme toute très peu de souvenirs.
Là encore, pas de programme défini, mais une déambulation le nez en l’air depuis le parking du chemin du pêcheur en contrebas du Musée océanographique (que nous rejoignons via un ascenseur creusé dans la roche), en laissant nos pas nous porter dans le jardin botanique, puis dans la cathédrale, et à travers les différentes rues sinueuses jusqu’à la place du Palais pour assister pile à l’heure à une relève de la garde. On redescend ensuite via le théâtre du fort Antoine qui offre une vue sur le Monaco « moderne » et les multiples yachts et bateaux de croisière amarrés. Nous remarquons aussi que les routes sont encore balisées par des grillages, et nous interrogeons de ce fait sur la date du Grand Prix : est-ce ce week-end, ou était-ce la semaine passée ?





La question se pose d’autant plus quand nous reprenons la voiture, puisque la ville est littéralement déserte et qu’à part quelques touristes, peu de gens circulent sur la route. Nous nous demandons même si nous n’allons pas nous faire doubler à fond par une F1 au cours d’une ligne droite ! Évidemment que non, mais l’effet est tout de même saisissant, et a donné lieu à quelques enregistrements vidéos !
Et pour terminer en beauté cette journée, quoi de mieux qu’encore marcher quasiment 30 minutes pour trouver un lieu de restauration ? Nous jetons notre dévolu sur le Solenzara et sa terrasse en extérieur. Et même si ça me fait toujours un peu triste par rapport à l’intelligence de cet animal, les tentacules de poulpes à la plancha ont été juste délicieuses.

Jour 4 : l’appel de l’Italie
Le week-end se termine doucement et l’heure du départ se rapproche. Hors de question de partir le ventre vide toutefois, et nous profitons encore du magnifique petit-déjeuner de l’hôtel, qui était varié, frais, vraiment qualitatif, avec un grand choix de produits (notamment italiens, je fantasme littéralement sur ce jambon quand je ne suis pas dans ce pays), le tout avec un service irréprochable et dans un très joli cadre (à côté de baies vitrées donnant directement sur la mer, quoi de mieux ?).


Et puisque l’Italie se rappelle à nous ainsi, nous nous rappelons également qu’elle est tout proche de nous, à quelques kilomètres, et que le rapport temps/distance pour rentrer chez nous est plus rapide si nous passons par le pays voisin puis la Suisse que si nous remontons l’intégralité de la France en plein dimanche de retour de week-end !
Direction donc Vintimille, puis San Remo, puis Gênes, bref le circuit classique pour arriver jusqu’à Côme et son lac, ville que nous aimons tant. Du coup, nous décidons de nous y arrêter afin de nous promener un peu. Nous n’avons pas beaucoup de temps devant nous alors nous nous contentons de nous garer près de la tour Gattoni et de marcher à pied jusqu’au centre-ville en passant devant la cathédrale, puis de rejoindre les bords du lac et le temple de Volta via un passage sur la digue Foranea Piero Caldirola, avant de faire demi-tour. Mais ce petit moment a bien clôturé notre moment, la « résistance » des dernières heures étant finalement devenue notre spécialité !




